Quand l’addiction au travail tue : le karoshi, burnout japonais

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Quand le travail tue : le karoshi ou le burnout japonais

Aujourd’hui, je vous emmène au Japon. Là-bas, le travail tue. Littéralement. Les Japonais ont un mot pour ça : karoshi. Le burnout au Japon ne pardonne guère et est souvent fatal. Découvrons ensemble ce qu’est le karoshi, ce qu’il recouvre, pourquoi les Japonais semblent si addict à leur travail et quelles solutions le pays met en place pour lutter contre ce fléau.



Qu’est ce que le karoshi au juste ?

Le mot karoshi signifie « mort par excès de travail », c’est le burnout japonais. Ce terme a été utilisé pour la première fois dans un ouvrage publié en 1982 par trois médecins japonais : Hosokawa, Tajiri et Uehata. Il s’agit donc d’un décès brutal (mort subite) par arrêt cardiaque, accident vasculaire cérébral (AVC) ou suicide intervenant à la suite d’une surcharge de travail ou d’un stress excessif. À noter que le suicide lié au travail porte également un nom spécifique : le karo-jisatsu qui signifie littéralement « suicide dû au stress ».

Le premier cas reconnu de karoshi remonte à 1969 : un employé âgé de 29 ans travaillant au sein du service expéditions d’un grand journal japonais est décédé d’un arrêt cardiaque. Si en Occident, le burnout touche en priorité les cadres, au Japon, le karoshi touche autant les fonctionnaires que les employés de bureau ou le secteur des transports. Ce phénomène n’est pas récent mais s’est accentué à partir de la fin des années 1980 et les chiffres sont en constante augmentation. Le karoshi est d’ailleurs reconnu comme maladie professionnelle au Japon depuis les années 1970.

Selon les estimations, 1 000 voire 10 000 personnes par an seraient touchées par le karoshi. Entre avril 2005 et mars 2006, 157 décès dus au karoshi ont été recensés, auxquels s’ajoutent 173 personnes tombées gravement malades, soit un total de 330 personnes en une année. Entre mars 2014 et mars 2015, 1456 demandes de compensation liées à des décès causés par le travail ont été enregistrées par le ministère du travail. Selon le rapport intégré dans le livre blanc remis au premier ministre Shinzo Abe en 2016, un Japonais sur cinq risque de mourir au travail en raison d’un surmenage. Plus de 20 % des entreprises interrogées dans le cadre de ce rapport entre décembre 2015 et janvier 2016 ont déclaré qu’une partie de leurs employés effectuait régulièrement plus de 80 heures supplémentaires par mois. Ces 80 heures étant la limite définie médicalement à partir de laquelle existe un risque sérieux de mort par surmenage. Environ 20 % des employés japonais (c’est à dire un sur cinq) travaillent plus de 49 heures par semaine en moyenne. Aux États-Unis, cette proportion est de 16,4 %, en Grande-Bretagne elle est de 12,5 % et en France de presque moitié moins avec 10,4 %.



Le Japon et le travail : une relation très différente

Vous le savez sans doute, les Japonais ont une culture très différente de la nôtre, notamment en ce qui concerne le travail. Il y a très peu de rébellion et de mouvements de grève au Japon. Les syndicats ont très peu de poids et leur efficacité est limitée… Les Japonais sont conditionnés dès l’enfance à obéir, à respecter leurs supérieurs (parents, professeurs, patrons) et à beaucoup travailler. Le groupe passe avant l’individu et le bien-être, surtout en ce qui concerne le travail, n’est pas une priorité. Et l’Ikigaï alors me direz-vous ? C’est effectivement également un concept japonais qui est formé à partir de deux mots : IKI vie et GAÏ sens et consiste à donner du sens à ce que l’on fait en trouvant un équilibre personnel en établissant des relations harmonieuses entre soi, son environnement et les autres. Cependant ce concept vient de l’île d’Okinawa et est peu présent dans le reste du pays, même s’il tend à se répandre, surtout parmi les jeunes générations.

Cette culture de « bourreau de travail » remonte à la deuxième moitié du 19e siècle, lorsque le Japon, pour échapper à la subordination de l’Occident et renforcer sa propre puissance, a imposé de longues heures de travail à sa population afin de devenir un pays riche, avec un armée forte, développer l’industrie et le commerce. Après la seconde guerre mondiale, le Japon a basé sa gestion sur ces longues heures de travail afin de faire croître son économie et ainsi surmonter le choc de sa défaite. Cette pratique dure donc depuis plus d’un siècle et demi.

D’autre part, les droits humains ne sont pas vraiment enracinés sur les lieux de travail au Japon, malgré la nouvelle Constitution de l’après-guerre. Les entreprises sont plutôt hermétiques à ses principes et il existe même une expression : « la Constitution s’arrête à la porte des kaisha (entreprises) ». Les entreprises font passer leurs bénéfices avant la santé de leurs salariés.

Enfin, le Japon est réputé mondialement pour l’excellence de ses services. Excellence possible grâce aux longues heures travaillées par les employés concernés. Nombreux sont les restaurants et commerces de détail à ouvrir 24 heures sur 24. Les livraisons fonctionnent de jour comme de nuit. Les travailleurs de ces secteurs sont donc nombreux à être victime de karoshi.

Le monde de l’entreprise au Japon est extrêmement codifié et si vous avez lu l’incontournable livre de Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements ou vu son adaptation en film avec l’excellente Sylvie Testud, vous savez ce qu’il en est.



Les solutions mises en place par le Japon

Tout cela n’est pas très réjouissant me direz-vous. Certes. Mais une lueur d’espoir est permise, le Japon est parfaitement conscient de la situation et tente différentes approches pour lutter contre ce fléau. Une loi, adoptée à l’unanimité en juin 2014 par le Parlement, érige la prévention du karoshi en obligation nationale.

Certaines entreprises essaient de « forcer » leurs employés à quitter le bureau : extinction des lumières à une certaine heure, coupure de l’accès à Internet… Les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous : les employés apportent des lampes et des routeurs Wi-Fi personnels… C’est ce qui est arrivé dans l’entreprise Iken Engineering : après 6 mois de contraintes, rien n’avait changé ! Jinuichi Kimura, le gestionnaire, a donc remplacé les heures supplémentaires par des bonus et a demandé à ses employés d’effectuer les tâches dans un laps de temps plus court.

Le gouvernement a adopté une réforme autorisant les entreprises à ne plus payer les heures supplémentaires des salariés gagnant plus de 80 000 euros par an, qui seraient les plus sensibles au burnout. Il s’agit d’encourager les entreprises à évaluer leurs employés sur les résultats fournis et non plus sur le nombre d’heures passées au bureau. Il a également été question de légiférer pour obliger les salariés à prendre cinq jours de congés par an en plus des 15 jours fériés annuels dont se contentent la quasi majorité des travailleurs japonais. En effet, même si les Japonais bénéficient de 20 jours de congés par an, ils sont peu nombreux à les prendre : culpabilité de laisser les collègues travailler, peur de perdre son travail, peur du regard des autres (collègues, supérieurs hiérarchiques).

D’après Kawahito Hiroshi, avocat spécialiste du karoshi, il est primordial que les chefs d’entreprise se libèrent du mythe des longues heures de travail et s’inspirent de l’expérience des pays européens. Il est également essentiel que les citoyens japonais s’emparent du sujet et s’expriment afin de faire respecter les droits humains des travailleurs. Il estime que « La prévention des décès liés au surmenage passe par la prise de conscience du problème par l’ensemble des Japonais : discuter de ce sujet le plus activement possible est indispensable. »



Et en France ?

En France, notre culture est très différente. Est-ce à dire que le karoshi ne nous concerne pas ? Si les suicides liés au travail sont plus rares, ils ne sont pas inexistants non plus : en 2008-2009, Télécom a connu une vague de suicide de ses employés suite à des conditions de travail difficiles et une action en justice a été menée. Les agriculteurs sont aussi très touchés. Cependant, notre culture nous permet plus facilement de lutter contre la souffrance au travail.

Certes, nombre d’entreprises sont encore frileuses à parler de bien-être au travail et à comprendre de quoi il s’agit réellement (non ce n’est pas proposer des espaces jeux et des massages à ses employés). Mais la qualité de vie au travail prend de plus en plus d’importance et de nombreuses solutions sont mises en place : formations, conférences, interventions de spécialistes tels que des médecins, des psychologues, des coachs. Des partenariats se forment entre les différents acteurs afin de prévenir la souffrance au travail : RenÊtre Coaching est devenu partenaire de l’AIST43 en mars 2021.



Mes astuces pour éviter le karoshi ou le burnout

Vous avez l’impression d’être addict à votre travail et avez peur de vous laisser happer ? Tout d’abord, laissez-moi vous donner une bonne nouvelle : si vous vous posez la question, vous avez de grandes chances de ne pas sombrer ! En effet, prendre le temps de la réflexion, prendre conscience de la place du travail dans votre vie est la première étape pour vous épanouir dans votre travail. Ce premier pas vous permettra de rééquilibrer votre vie professionnelle et votre vie personnelle.

Apprenez à poser vos limites. Dites non quand vous n’êtes pas d’accord. Acceptez que vos collaborateurs vous disent non. Prenez conscience qu’ils ne vous disent pas non à vous mais à votre demande. Par exemple, en tant que manager, vous demandez à l’un de vos collaborateurs de rester plus tard le soir afin de faire le point sur un dossier. Il refuse. Il ne remet pas en cause votre autorité ou votre personne, il ne vous rejette pas personnellement. Simplement, il n’accepte pas de rester plus tard le soir en question.

Enfin, sachez repérer les premiers signes de l’épuisement professionnel. Fatigue, irritabilité, sensibilité exacerbée, isolement… autant de signes qui doivent vous alerter. Prenez le temps de discuter avec vos collaborateurs, demandez leur des nouvelles de leur famille, leurs enfants, parlez des prochaines vacances, du dernier film vu… Intéressez-vous à eux en tant que personne à part entière et pas juste comme un simple collaborateur de travail.



L’ampleur du burnout japonais, semble beaucoup plus extrême et grave que celle qu’on connaît en France. Cependant, il ne s’agit absolument pas de minimiser cette maladie : la souffrance au travail, quelle qu’elle soit, n’est pas acceptable et doit être prise en compte. Le Japon a une culture très différente de la nôtre et il est toujours intéressant de voir ce qui se passe ailleurs et les solutions mises en place. Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à le commenter !



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